Compte rendu de la réunion du jeudi 11 janvier 2007, entre 12 h 30 et 14 heures, salle des Résistants.

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    Etaient présents une cinquantaine de personnes (compte non fait exactement) : enseignants littéraires, représentants des personnels de la bibliothèque, représentants des élèves. Aucun enseignant scientifique n'était présent ou ne s'est manifesté.

    Christophe Charle, représentant des professeurs littéraires au CA, ouvre la séance. Il s'agit de discuter sur la situation créée par ce « compromis historique » qu'est la charte, devenue « accord définissant les rapports entre la direction et les directeurs de départements [etc.] ». La signature programmée de cet accord signifie-t-elle que toutes les questions litigieuses sont désormais résolues ? Doit-on considérer que l'on est en cours de « sortie de crise » ?

    Nadeije Laneyrie-Dagen propose que l'on examine en premier lieu les points en débat dont la résolution ne semble pas liée à la signature de l' « accord », avant de concentrer la discussion sur la situation créée par ce dernier texte. Jean-Pierre Lefebvre objecte que rien ne peut être considéré, à proprement parler, comme indépendant de l'accord. Qu'est-ce qui est en cause dans la crise que l'Ecole a vécue : les modalités des rapports entre les directeurs de département et la direction, ou bien l'orientation même de la politique menée par cette direction ? La question est de savoir si l'on est ou non satisfait de la façon dont tout cela fonctionne. L'accord est une réaction formelle à une situation : il fixe des règles du jeu entre les directeurs et la direction. A quoi va-t-on jouer ? De cela il n'est nullement question. Que va-t-il se passer sur les questions fondamentales de la cohabilitation de masters ? du diplôme (même d'un diplôme redevenu facultatif) et de ses effets pratiques sur la formation des élèves et les conditions d'enseignement à l'Ecole ? La vérité est que ces points sont suffisamment substantiels pour que l'on donne la priorité à leur discussion .

    Houda Ayoub note que le texte laisse en suspens des questions extrêmement importantes : quelle est la place par exemple du directeur adjoint, en l'occurrence de Lettres, interlocuteur indispensable des enseignants ?

    Marie-Christine Bellosta remarque que l'accord fait allusion à des conseils de département dont l'existence ne figure nullement dans le règlement intérieur. La vérité est que le texte ne règle pas la question fondamentale d'une véritable démocratie dans le fonctionnement de l'Ecole. Cette démocratie n'existe pas, en premier lieu, au sein des départements. Il est indispensable de veiller à ce que soient définis les conseils : avec quelle fréquence se réunissent-ils, quelle est leur composition, leurs avis sont-ils consultatifs ou décisionnels ? Même incohérence se remarque dans l'accord concernant une « commission de suivi du diplôme ». Le statut de l'Ecole, à l'article 14, parle d'une Commission des études qui doit être convoquée lorsque le besoin s'en fait sentir : cette commission comporte des enseignants et des élèves. N'est-ce pas à elle d'assurer le suivi des questions concernant le diplôme, l'accueil de ceux qu'on a nommés un temps « prédoctorants », etc. Bref, de dresser le bilan des innovations de ces dernières années ?

    Gilles Pécout se refuse à une telle explication de texte. La question n'est pas de discuter de la cohérence du texte, mais de savoir si l'on est d'accord ou non sur l'existence, donc sur la signature, d'un tel texte. Gilles Pécout pose la question du statut d'un texte qui est manifestement appelé à créer des conditions de co-gouvernance durable, alors qu'il a été présenté tout d'abord comme une solution de transition et de crise. La vraie question, en bref, est de savoir si l'ensemble de la communauté normalienne est d'accord pour pérenniser un tel texte. Peut-on décider cela d'en haut, entre directeurs ? Ou bien l'innovation modifie-t-elle assez considérablement la situation à l'Ecole pour mériter une consultation générale ? Ce qui revient à poser aux directeurs la question suivante : l'accord correspond-il oui ou non à une solution de transition ? Ou bien met-il en place un protocole destiné à durer ? Ou encore, répond-il à une tactique de mise à l'épreuve de la direction ? Pour sa part, Gilles Pécout affirme sa « claire opposition » à une « mise sous tutelle » durable de toute direction de l'Ecole .

    Françoise Zamour constate que la question de savoir si la majorité des enseignants (et non les seuls directeurs) souhaitait un tel accord, n'a jamais été posée. Elle décrit une situation où l'Ecole est passée successivement d'un mode de gouvernement monarchique éclairé à une tyrannie à laquelle la charte a fait succéder le pouvoir d'une aristocratie sans qu'aucune consultation ait été faite sur cette dernière révolution, et surtout sans que rien ait été dit sur les stratégies à long terme que mènera cette aristocratie contrôlant un monarque au pouvoir désormais étroitement borné. Pour sa part, Françoise Zamour reconnaît demeurer très « dubitative » sur la situation ainsi créée.

    Michel Murat note que sa position est un peu particulière : il est enseignant délégué à l'Ecole par l'université de Paris IV et directeur pour un temps du Lila. Il rappelle que lui-même n'avait pas de contentieux personnel avec la direction quand il s'est associé à l'action des autres directeurs. L'accord est clairement, à ses yeux, un texte circonstanciel. Il constitue la seule solution propre à ménager une sortie de crise qui ne soit pas d'un côté ou de l'autre, capitulation sans condition, mais qui permette à chacun de « sortir la tête haute ». La position des directeurs se trouve renforcée, constate Michel Murat, par rapport à une direction avec laquelle les liens étaient vraiment difficiles. Sans doute cet accord est-il redondant par rapport aux textes régissant le statut de l'Ecole. Mais il est significatif qu'il ait été nécessaire de réaffirmer des principes qui auraient dû aller de soi. Les scientifiques, ménageant l'avenir, ont souhaité que ces principes soient énoncés tout à fait indépendamment de la personne de la directrice. Le texte d'autre part est lacunaire : il ne dit rien sur ce qui se passe à l'intérieur des départements. Il ne dit rien par exemple sur le Conseil de département, dont les statuts de l'Ecole ne fixent pas non plus clairement les conditions d'existence et d'action. Qu'on puisse progresser sur ce point est une évidence, et les directeurs sont prêts à écouter toute proposition. Il reste qu'il est paradoxal qu'on reproche à ces directeurs d'avoir, dans les circonstances récentes, agi en directeurs. Michel Murat souhaite clarifier un point : signer le texte en tant que directeur, revient, sous peine d'incohérence, à reprendre sa démission. La signature de l'accord signifiera donc le retour en fonction des directeurs démissionnaires. Le désaccord, semble-t-il à Michel Murat, a porté sur la gestion des dossiers : le comportement de la directrice est apparu en fait comme un des principaux obstacles à la mise en oeuvre de sa propre politique. Il reste que toute entreprise pour aller plus loin que ce qui a déjà été fait serait à proprement parler suicidaire. L'ensemble des personnes présentes doit bien comprendre que la protestation de l'Ecole littéraire n'a pas obtenu le soutien de l'Ecole scientifique. Les directeurs des départements scientifiques qui ont bien voulu accepter le principe de l'accord sont déjà allés beaucoup plus loin que ce que souhaitait l'actuel directeur scientifique. Ils ont fait preuve par rapport aux littéraires d'une solidarité nouvelle, qui est un des acquis positifs de la crise.

    Hélène Fernandez constate que Monsieur J.-C. Mallet, président du CA, a imaginé pour sortir de la crise, un ensemble de commissions dont il conviendrait absolument de formaliser, si ce système est destiné à durer quelque peu, la composition et le rythme de réunion. Mais encore faudrait-il savoir si ces commissions sont destinées à devenir un mode de gouvernement institutionnel durable ? S'agit-il, d'ailleurs, de commissions ad hoc, ou bien, de commissions sur des problèmes durables : la bibliothèque, le diplôme, etc.

    Antoine Lilti rappelle que, lors de l'AG du mois de novembre, une motion de soutien aux directeurs avait été votée, ainsi qu'une autre de défiance à la directrice. Deux mois plus tard, et sans consultation intermédiaire, la situation est la suivante : les directeurs ont repris leur démission moyennant la négociation d'un accord que Michel Murat, l'un des signataires, vient de décrire comme un « cadre formel vide », « redondant par rapport aux statuts de l'Ecole ». N'y aurait-il pas là un marché de dupes ? on nous dit que l'accord est tactique. Soit, mais de quelle tactique s'agit-il ? De celle mise au point par les directeurs ? Ou bien de celle la direction ? L'objectif prioritaire de la direction, dans le moment présent, est de ramener le calme. Et le calme revient effectivement, au seul prix pour la directrice, d'un rappel écrit des règles minimales de la déontologie universitaire - par exemple (il est quand même énorme d'avoir à l'inscrire dans le marbre), de la nécessité pour une direction de ne pas accaparer des postes.

    Jean-Louis Halperin prend la parole. Il rappelle que, à l'inverse de Michel Murat, il a eu, quant à lui, un contentieux avec la directrice. Il souhaite revenir sur la question des commissions. Toute direction, faut-il le rappeler, a le droit de créer des commissions. Certaines de ces commissions sont en effet destinées à durer, d'autres seront instaurées pour un temps, afin de préparer les futures réunions des conseils (CA et CS) et l'intérêt des enseignants est d'y être activement présents. L'harmonie dépend en très large partie de la médiation de Monsieur Mallet : de la persistance de la tutelle qu'il exerce effectivement. Ce n'est pas une situation normale, ni souhaitable : mais qu'y faire ? L'accord est effectivement procédural : c'est bien pour cela qu'il n'est pas nuisible. Si la direction le respecte à la lettre, alors nulle intervention de médiation ne sera nécessaire ; on ne pourra plus parler de tutelle, et ce sera tant mieux. Jean-Louis Halperin redit sa conviction que l'accord, tout au moins, ne nuit pas à l'Ecole. S'il est vrai qu'on ne peut qu'espérer un changement de direction, tout à fait indépendamment de la signature de l'accord, il est tout aussi vrai que les enseignants littéraires n'ont aucun des moyens de pression nécessaires pour obtenir un tel résultat. Il faut donc jouer la carte de l'accord. Avec des tests : un test crucial sera celui des élections sur les postes à pourvoir au printemps, et pour J.-L. Halperin l'élection en sciences politiques et droit public.

    Francis Prost pense que cet accord introduit quelque chose de grave. Il institutionnalise le dialogue entre deux entités : des directeurs nommés (et non élus comme c'est le cas à l'université, ce qui change singulièrement les choses, du point de vue démocratique) et une direction (nommée elle aussi).

    Jean-Pierre Lefebvre prolonge la pensée de F. Prost en constatant que la direction nomme les directeurs ; et qu'elle peut dans l'avenir les nommer - les remplacer -au profit de personnalités pleines de bonne volonté à son égard.

    Jean-Paul Thuillier s'étonne qu'une situation, qui paraissait lors d'une fameuse AG si près d'être insurrectionnelle, se soit ainsi dégonflée. Il invite les personnes présentes à ne pas oublier ce qu'est l'Ecole, ou à tirer les conséquences du refus de le considérer. La particularité de l'Ecole est de mêler littéraires et scientifiques. L' « accord » s'est avéré le moyen minimal pour que les scientifiques acceptent de ne pas se désolidariser du malaise exprimé par les littéraires. L'Ecole, cela est indispensable, doit continuer à fonctionner. Il est apparu aux scientifiques qu'une situation de paralysie insupportable avait été créée par la démission unilatérale des directeurs littéraires. L'AG a pu donner le sentiment que l'Ecole littéraire était prête à « guillotiner » sa directrice. Dès lors, on était au pied du mur. Ou bien les littéraires persévéraient et agissaient seuls comme « Ecole littéraire » ; ou bien, ils affirmaient leur attachement à une Ecole à la fois scientifique et littéraire, et prenaient acte de la modération des scientifiques. Jean-Paul Thuillier tient à souligner un second point. Ce qu'il a entendu lors de la réunion d'aujourd'hui tend à opposer, pour prolonger la métaphore politique, « le roi » (ou la reine) et « les barons » au « peuple » qui ne serait pas consulté ni entendu. Mais enfin : qu'a fait le peuple ? Rien, après avoir voté une motion de confiance, et une autre de défiance ; rien, pour soutenir l'action des directeurs, les aider dans l'expression de leur défiance. Alors, il faudrait poser quand même la question : que veut ce « peuple », qui se plaint aujourd'hui ?.

    David Schreber fait le point sur la bibliothèque de Lettres, qui a su ce qu'elle voulait et l'a - mais en partie seulement - obtenu. Il évoque la journée de grève du 14 novembre, très suivie, l'augmentation du budget jusqu'à 935.000 euros, notamment grâce à l'appui des départements littéraires, qu'il remercie. Mais le problème des emplois reste à régler, et le service risque de devoir être encore réduit (la bibliothèque ferme en ce moment une heure plus tôt que d'habitude). La direction a proposé une nouvelle rencontre avec le personnel de la bibliothèque. Celle-ci s'est tenue le 8 janvier en présence de Monique Canto-Sperber, Jean-Charles Darmon et Marylène Meston de Ren. A l'issue de cette réunion, le personnel n'était pas complètement satisfait : il n'a entendu qu'une déclaration de principe sur la création de deux postes à partir de septembre, mais sans garanties. Danièle Ablin et Gilles Sosnowski ont pu cependant continuer la négociation et quelques pas en avant ont été faits.

    Lucie Marignac évoque les éditions Rue d'Ulm, qui ont été une des premières victimes de la direction, et qui savaient aussi ce qu'elles voulaient - et ne l'ont nullement obtenu. La directrice n'avait aucune opinion, en arrivant, sur ce que faisaient les presses de l'Ecole. L'Inspection des finances a rangé ce service parmi les services « concurrentiels » de l'Institution, au même titre que la restauration et l'hébergement. Le maître mot dès lors, a été la rentabilité ou du moins l'équilibre. Un équilibre que les éditions atteignaient mais que les conditions nouvelles rendent irréalisable : désormais les Editions rue d'Ulm seraient contraintes de s'équilibrer par leurs seules ventes, en comptant comme charges les salaires du personnel et les mètres carrés - ce qui n'est le cas d'aucun département de l'Ecole et ce que ne fait aucun éditeur public. La directrice a même désigné dans les Editions rue d'Ulm, un des responsables du déficit de l'Ecole, ce qui est absurde car elles coûtent entre 2 et 3 millièmes de ce que coûte l'Ecole. Les presses devront désormais déterminer leurs choix éditoriaux en fonction de critères beaucoup moins scientifiques queŠ financiers. L. Marignac rappelle que tous les membres du conseil scientifique des Editions, moins un (soit une trentaine de personnes), ont envoyé à la directrice en juin 2006 une lettre de protestation, mais se sont heurtés à une fin de non-recevoir - en fait à une absence totale de réponse directe. L'équipe des presses a travaillé tout l'automne sur les ouvrages déjà lancés. Une réunion a eu lieu en décembre 2006 entre la directrice, le directeur adjoint Lettres et L. Marignac pour discuter (bien tardivement) des ouvrages à paraître en 2007. Les décisions de publication ont été prises sous réserve de l'obtention de subventions extérieures importantes. L'avenir est totalement incertain ; le maintien du dernier poste de contractuel est subordonné à l'obtention de résultats financiers que les maisons d'édition privées n'obtiennent qu'au prix de catalogues moins pointus, de l'action d'attachés de presse etc.

    Nicolas Laurent, élève, considère pour sa part que la situation n'est pas encore réglée. Les horaires de la bibliothèque sont, de fait, réduits. Les frais de bibliothèque seront-ils rétablis ? (alors que 30 euros sont déjà prélevés à cet effet sur les frais de diplôme). La charte ne dit rien du diplôme. Aura-t-elle le même sort que la charte sur l'environnement - un texte sans aucun effet ? Les élèves ne se font pas d'illusions. Qu'en est-il des rapports entre directeurs de départements littéraires et scientifiques ? La version initiale de la charte a été révisée lourdement par la directrice : la clause de démission collective des directeurs scientifiques et littéraires en cas de crise a disparu dans le texte finalisé. Il reste que, sur le fond, les problèmes concernent surtout les littéraires. Serait-il possible d'engager un mouvement demandant explicitement la démission de la directrice ? On peut douter de la possibilité de mobiliser la majorité des élèves sur une telle revendication.

    Béatrice Joyeux-Prunel s'étonne d'entendre de Monsieur Thuillier que les scientifiques ont eu l'impression que les littéraires avaient réduit l'Ecole à la « paralysie » - qu'ils avaient pu croire que les Littéraires n'avaient pas travaillé pendant la crise. L'Ecole a fonctionné au contraire, les cours ont eu lieu et les directeurs ont administré - de facto - les départements. Le manque d'informations est révélateur d'un problème général et grave de communication au sein de l'Ecole. L'ancien organe de diffusion des informations, Normale sup' info, ne paraît plus depuis des mois et - résultat de l'exposition Dreyfrus ou de la crise - pratiquement tout affichage, y compris les essentiels rappels des conférences du jour dans le hall, est devenu impossible .

    Françoise Zamour répond à la question de Jean-Paul Thuillier : qu'a fait le peuple ? Pas grand chose, justement parce que c'était difficile. Les représentants du « peuple » - les élus des deux conseils - ont dû s'imposer, à grand-peine. Il n'est pas question d'eux dans l'accord. Le rang B compose pourtant plus de 70% des enseignants de l'Ecole. La moindre des choses, dans un accord formel, serait de mentionner les représentants élus.

    Nadeije Laneyrie-Dagen précise qu'à aucune réunion des directeurs avec la direction, les représentants n'ont été invités. Ils ont cependant été reçus par Monsieur Mallet.

    Lucie Marignac insiste sur le fait que les élus ont dû faire d'énormes efforts pour être informés et pouvoir informer leurs collègues ensuite. Leurs interventions ont été parfois mal comprises et réprimandées.

    Jean-Pierre Lefebvre répète que toutes ces questions sont liées à l'avenir que l'on souhaite pour l'Ecole, pour les 15 ou 20 ans à venir. Le Conseil des ministres nomme le directeur. Celui-ci peut nommer les agrégés répétiteurs. Ce régime, autoritaire, a fonctionné parce qu'il était équilibré par les concertations, cooptations, etc. - par la confiance. Mais si nous demandons à fonctionner selon un modèle universitaire, c'est un argument pour nous imposer une modification globale de l'établissement, qui perdrait son statut particulier. Les éditions, la bibliothèque, savent ce qu'elles veulent. Le reste de l'Ecole ne le sait pas, et fuit responsabilités et prises de position sur le diplôme, les cohabilitations, les prédoctorants. L'accord n'est qu'une règle du jeu dont Monique Canto-Sperber n'aura pas de peine à montrer qu'elle sait la respecter. Reste que, sur les arbitrages de fond, aucune concertation, aucun débat n'aura eu lieu. La politique actuelle est indexée sur les prescriptions du gouvernement et de J.-M. Monteil) : nul n'en discute .

    Houda Ayoub regrette que la charte, loin de consacrer l'unité de l'Ecole, divise au contraire le corps professoral. La directrice et les directeurs de départements ont conduit leurs discussions en toute indépendance par rapport à l'Ecole. Les élus ont pu avec peine accéder à l'information et la transmettre. Ces événements vont changer l'ambiance d'une Ecole, où tout le monde pouvait communiquer avec tout le monde, sans hiérarchie.

    Marie-Christine Bellosta répond à J.-L. Halpérin que la « mise sous tutelle » de de la direction par le truchement de M. Mallet est un fantasme. Le régime de l'Ecole est autoritaire, la directrice, nommée, n'est pas, comme à l'université, un collègue qu'on a élu à la présidence du CA. Donner plus de pouvoir au CA lui semble une chose dans l'esprit de nos statuts, et d'ailleurs réclamée par l'IGF pour les questions budgétaires. D'autre part, les commissions sont à revoir, les listes électorales à dresser avec plus de sérieux : nul ne semble s'en préoccuper. Quant à la politique générale de l'établissement, un mouvement protestataire qui ne remet pas en cause la politique - globalement la même - de J.-M. Monteil, de G. Ruget, de M. Canto-Sperber, est indifférent à Marie-Christine Bellosta. La passivité du « peuple » , sans doute, n'a pas d'autre raison.

    Jean-Loup Bourget confirme que les questions de fond - la politique de l'Ecole - n'ont été abordées que de biais. Cependant, la métaphore révolutionnaire le surprend. Certes, les directeurs sont nommés, les représentants élus, mais il ne faut pas tout confondre. Les uns représentent l'exécutif, les autres le législatif : chacun a un rôle spécifique à jouer ; ceci ne s'exprime pas et ne doit pas s'exprimer en termes de conflit. Les directeurs de départements ont tenu la « base » informée, lui semble-t-il ; ils n'ont pas manqué, sauf erreur, de la consulter. En revanche, il faut profiter de la charte pour faire fonctionner les conseils de départements, bien virtuels ces dernières années. Monsieur Bourget remarque par ailleurs que, dans les universités aussi, les agrégés répétiteurs sont nommés sans règles particulières.

    Nathalie Koble conclut sur les changements radicaux que va connaître l'Ecole. Il est faux de dire que les enseignants ne se prononcent pas sur la politique de l'Ecole : ils le font, mais leurs opinions divergent. Il faut qu'au-delà de la crispation sur la personne de la directrice, ce débat enfin, ait lieu, et qu'il soit général.


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pasdenom 27/01/2007 09:49

Il ne faisait apparemment pas partie de la réunion, mais, le même jour :

Dépèche AFP (23 janvier 2007)

Crise à Normale sup: M. Elkabbach apporte son soutien à la directrice

Jean-Pierre Elkabbach, PDG de la chaîne Public Sénat, a apporté mardi son soutien la directrice de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, Monique Canto-Sperber, et a dénoncé une "chasse aux sorcières" à l'encontre de sa collaboratrice dont des personnalités réclament le départ.
Onze personnalités, essentiellement des professeurs du Collège de France, ont demandé dans une tribune parue dans le Monde de samedi le départ de Mme Canto-Sperber au motif d'une "confiance désormais brisée".
"Je ne comprends pas que les grands intellectuels réputés pour leurs travaux et d'autres moins grands et moins créatifs s'en prennent avec autant d'excès et d'injustice à Monique Canto-Sperber, qui veut réformer l'école, l'ouvrir, la moderniser", a déclaré M. Elkabbach, en marge d'une conférence de presse sur la chaîne Public Sénat, dont Mme Canto-Sperber est une collaboratrice.
"Sans doute n'a-t-elle pas encore le style (...)" mais "même s'ils ont perdu le pouvoir qu'ils avaient ou dont ils rêvaient au sein de l'Ecole, ils n'ont aucune raison de se livrer à une chasse aux sorcières et se poser en inquisiteur", a poursuivi le journaliste.
Dix directeurs de départements et bibliothèques littéraires ont démissionné à la mi novembre 2006 pour protester contre les choix et pratiques autoritaires de la directrice, ouvertement candidate de l'Elysée et dont la nomination avait été contestée en 2005, ouvrant la voie à une crise sans précédent.