La vérité à l'École normale supérieure

Publié le par Des membres élus au CA, au CS et à la CPE de l'ENS

      Au moment où, enfin, on pourrait espérer un apaisement des tensions au sein de l'Ecole, nous regrettons de lire, dans la presse, des interprétations réductrices de la crise que notre établissement vient de traverser.

        Dans Le Monde du 6 février 2007, Mme Canto-Sperber s'est indignée du texte signé par neuf professeurs au Collège de France et deux membres de l'Institut* (Le Monde, 20 janvier 2007), qui se faisaient l'écho de la crise traversée par l'ENS à la fin de l'année 2006. À la lire, ces signataires seraient mal informés, leurs critiques reposeraient uniquement sur des « rumeurs insultantes » et ne viseraient qu'à l' « abattre » pour des raisons de personne.

        En réalité, après presque une année de tension croissante, de pressions et de manque de concertation, l'occasion de la crise a été l'extraordinaire insuffisance du budget de la Bibliothèque, laboratoire vital pour les chercheurs littéraires. Sans la mobilisation du personnel, des élus et des directeurs de département (parmi lesquels des directrices et non seulement des directeurs), la dotation n'aurait pas été remontée à un niveau convenable (voté lors du conseil d'administration du 15 décembre). Les élèves se sont mobilisés contre un diplôme dont le caractère obligatoire se trouvait affirmé entièrement contre leur volonté. Pour les Éditions Rue d'Ulm, la directrice de l'ENS a reporté nombre de leurs publications et diminué d'un tiers leurs ressources humaines au nom d'un « équilibre budgétaire » calculé sur la base de comptes délibérément inexacts – privant ainsi les presses de l'École des moyens d'un travail sérieux. Au début de l'année, dans le souci d'éviter la paralysie de l'établissement, le projet d'établissement et le budget ont pu être votés au prix d'une mobilisation de tous les responsables au sein de commissions spéciales de préparation, et seulement grâce à l'arbitrage et à l'autorité du président du Conseil d'administration, M. Jean-Claude Mallet.

Mme Canto-Sperber se félicite de la mise en place de « procédures convenues d'un commun accord » dans les relations avec les directeurs de département et la direction de la Bibliothèque. S'il fut nécessaire d'en arriver à cette formalisation, c'est précisément parce que la confiance réciproque avait été gravement entamée par diverses décisions de la direction dans les semaines précédant la crise.

        La Directrice de l'Ens interprète la prise de position des professeurs du Collège de France et membres de l'Institut, partenaires de longue date de notre institution, comme l'expression du dépit de voir une femme gouverner une institution d'excellence, et elle cite l'affaire Dreyfus, se posant ainsi comme la victime d'un complot. Dans un article paru récemment dans le magazine Vogue (mars 2007), Mme Canto-Sperber revient sur ce grand précédent, et elle se dit de nouveau la victime d'un "milieu d'hommes, fermé", luttant contre "une femme seule". Plus récemment encore (Les Échos, 10 mars 2007), la « vive contestation » rencontrée par la directrice de l'Ens est imputée à la résistance de l'École littéraire à la mise en place d'une évaluation des enseignements, alors qu'il n'en a rien été ; dans le même article, Mme Canto-Sperber met en doute l'utilité de la concertation qui lui est imposée.

        Représentants élus des enseignants et personnels de l'Ecole littéraire, nous nous réjouissons de la transparence du gouvernement de l'École depuis cette date, de l'efficacité des instances de concertation mises en place par le président du Conseil d'administration et des importantes attributions de l'Etat et de la région au budget travaux de l'École ; nous ne pouvons cependant pas laisser publier des affirmations inexactes sur les événements qui ont eu lieu à l'Ens. De telles déclarations tendent à réduire à une lutte misogyne un mouvement profond d'insatisfaction et de défiance, dont il faut ne pas négliger les raisons de fond si l'on veut qu'il puisse évoluer vers des conditions favorables pour l'avenir de notre établissement.



Christophe Charle et Lucie Marignac, représentants élus au Conseil d'administration,
Nadeije Laneyrie-Dagen et Déborah Lévy-Bertherat, représentantes élues au Conseil scientifique,

Danièle Ablin, représentante élue à la Commission paritaire d'établissement.


(*) Les signataires étaient Marianne Bastid-Bruguière, membre de l'Institut ; Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France ; Roger Chartier, professeur au Collège de France ; Philippe Descola, professeur au Collège de France ; Christian Goudineau, professeur au Collège de France ; Jean Mesnard, membre de l'Institut ; Daniel Roche, professeur au Collège de France ; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France ; John Scheid, professeur au Collège de France ; Pierre Toubert, professeur au Collège de France, membre de l'Institut ; Pierre-Etienne Will, professeur au Collège de France.






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territoo 24/04/2007 00:49

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Stéphane Toussaint 16/03/2007 18:38

... Et la vérité des Lecteurs de la Bibliothèque !

La lettre intitulée 'La vérité à l'Ecole Normale Supérieure' entend préciser ceci :

"En réalité, après presque une année de tension croissante, de pressions et de manque de concertation, l'occasion de la crise a été l'extraordinaire insuffisance du budget de la Bibliothèque, laboratoire vital pour les chercheurs littéraires. Sans la mobilisation du personnel, des élus et des directeurs de département (parmi lesquels des directrices et non seulement des directeurs), la dotation n'aurait pas été remontée à un niveau convenable (voté lors du conseil d'administration du 15 décembre)."

Certes. Ajoutons toutefois l'essentiel à cette réalité.
Sans les quelque 1700 signatures recueillies par la pétition du Collectif des lecteurs d'octobre à décembre 2006, pétition signée contre les frais iniques de Bibliothèque et contre les cartes payantes arbitrairement imposées aux archicubes et aux autorisés, qui eût donc protesté aussi visiblement, aussi massivement pour faire entendre raison à la Direction de l'Ecole, pour faire reculer avec succès la rentabilisation folle de la Bibliothèque?
Beaucoup, portés par la vague des signataires, ont alors puisé dans cet événement la force de réagir contre une violation flagrante des principes républicains.
Rappeler que la Bibliothèque n'est rien sans ses lecteurs n'est pas une option marginale. C'est simplement réaffirmer le fait incontournable de l'unité normalienne, archicubes, élèves et personnels confondus.
Dans la vigilance accrue des lecteurs s'exprime un vif souci pour le financement de la Bibliothèque, dont la bonne dotation est essentielle à la mission des personnels comme à la vie intellectuelle de l'Ecole. Ces 1700 lecteurs et plus, pour la plupart donateurs et bienfaiteurs réguliers, surveilleront très attentivement l'issue d'une commission prévue à cet effet. Ils défendront toujours le maintien d'une gratuité qui est à la base même de la recherche et de l'enseignement républicains.

Stéphane Toussaint.

Mathieu 14/03/2007 22:22

à mon avis l'équité exigerait de publier aussi la réponse de Monique canto-Sperber:Vérité à l'Ens Voici trois faits relatifs aux propos et écrits de MCS (pour ceux que cela intéresse) :- Dans l'article que MCS a publié dans le Monde, daté du 6 février 2007, " l'affaire Dreyfus " n'est pas mentionnée.- Dans le long entretien, consacré au pluralisme moral et à la rénovation du socialisme, publié par Les Échos. Série Limitée, le 10 mars2007, la courte portion de texte qui a trait à l'École normale supérieure ne contient aucune allusion à l'évaluation des enseignements. Lescommentaires qui figurent dans l'introduction à cet entretien n'engagent que leur auteur et non MCS.- Les quelques lignes qui sont attribuées à MCS dans Vogue (mars 2007) ont été écrites par un journaliste à la suite d'un entretien qui eutlieu le 9 octobre 2006, plusieurs semaines donc avant le début de la crise de l'ENS. Elles ne sauraient en conséquence être interprétéescomme un commentaire sur les événements qui se sont produits ultérieurement à l'École.